23 février 2012
La culture de masse américaine n'est-elle pas, aujourd'hui, l'atout majeur de l'influence des États-Unis dans le monde?
Un des atouts, oui. C'est ce qu'on appelle le «soft power», l'influence par la culture, le divertissement. Mais, outre la culture «mainstream», les Américains ont aussi une très grande influence par leurs valeurs et par le numérique. C'est également très important.
On constate que la culture française s'exporte de plus en plus à travers la langue anglaise (le groupe Phoenix, David Guetta...) ou bien des références très étatsuniennes («The Artist»). Comment analysez-vous cette tendance?
Le paradoxe, c'est que la France s'en sort bien en terme d'influence. La première major du disque (Universal) est française, et elle vient même de racheter EMI. Nous sommes aussi leader mondial dans le jeu vidéo avec Vivendi Games, qui possède Activision et Blizzard, et avec Ubisoft. Le problème c'est que, même si nous possédons ces industries, celles-ci produisent le plus souvent des musiques et des jeux vidéo anglo-saxons. Les capitaux et les studios sont françaismais les produits sont américanisés.
L'anthropologue Jean-Loup Amselle déclarait en 2003 à Quimper, que la théorie de l'uniformisation culturelle correspondait à un «fantasme» dans l'esprit de certains intellectuels en France. Il soulignait en outre qu'il était «vain et dangereux» d'aller à la recherche des origines d'une culture pure. Qu'en pensez-vous?
Mon livre «Mainstream» a pour principale conclusion que la mondialisation de la culture et le basculement numérique ne se traduisent pas par une uniformisation culturelle. Les Américains restent, et resteront, très influents. Mais ils ne sont pas les seuls. En Asie, on regarde des dramas, ces séries télévisées coréennes ou taïwanaises. Au Brésil, on savoure des telenovelas et on écoute de la musique brésilienne. Dans les pays arabes, il y a Al Jazeera, mais aussi les télévisions de Rotana, Al Arabya, LBC, MBC: ce sont des programmes essentiellement arabes. La culture est mondialisée, mais elle est aussi très locale, très régionale. C'est plutôt une bonne nouvelle.
Existe-t-il sur la planète des zones de «résistance» à la culture de masse US. Sous quelle forme se manifeste-t-elle?
En réalité, la culture de masse américaine est puissante partout: même à Cuba, à Gaza et en Chine. En Iran comme en Arabie Saoudite, j'ai vu l'influence américaine. Et pourtant, il y a des pays où cette influence est plus faible, comme par exemple en Inde. Pourquoi? Parce que les Indiens produisent une culture nationale très vivante, très puissante: le cinéma de Bollywood notamment. Face aux Américains, la solution, ce n'est ni des quotas comme en Égypte, ni une censure comme en Chine: c'est une production locale forte. Les Français peuvent réussir s'ils retroussent leurs manches et se remettent au travail.