4 décembre 2010
«C'est très positif. Je le perçois comme un avantage en nature. Avec le télétravail, je continue à faire ce qui m'intéresse tout en vivant là où j'ai envie de vivre». Brestoise d'origine, Fabienne Le Floch Bizien, 37 ans, a quitté la région parisienne en 2005 pour suivre son mari muté à Brest. Elle est employée au service marketing du groupe AB Sciex, fournisseur d'instrumentation pour les laboratoires de recherche. «Je trouve que l'on gagne en efficacité réelle, je suis bien plus concentrée sur mon travail que pendant la période où je travaillais en open space», décrit la télétravailleuse à plein-temps.
«Savoir s'arrêter»
«Mon manager est à Boston, mes contacts recherche & développement à Toronto, mes collègues du marketing en Californie et nos labos de démonstration un peu partout dans le monde. Que je sois chez moi ou à l'antenne française ne change rien», insiste-t-elle. «La difficulté, c'est de savoir s'arrêter. J'essaie d'être vigilante sur les horaires. Par exemple jeudi j'avais une réunion à 6h avec l'Australie à cause du décalage horaire. J'essaierai de compenser», souligne Fabienne. Julie Gambrelle a, elle aussi, pratiqué le télétravail pour suivre son mari, de Lyon au Finistère. De juin2009 à février2010 au sein de la société Volvo Trucks. «Je me suis mise en mode projet avec des plages de travail plus intenses, mais aussi la possibilité de me mettre en veille entre 16h30 et 20h30 pour profiter de nos trois enfants. Travailler huit heures par jour, ça ne voulait plus rien dire!», expose la cadre trentenaire, recrutée depuis par une banque. L'étanchéité entre vie professionnelle et vie privée était, selon elle, facilitée par la culture suédoise de la firme. «Nous utilisions des codes couleurs sur nos agendas en ligne pour afficher notre disponibilité. Il y avait un grand respect mutuel, même à distance puisque mes principaux interlocuteurs étaient en Belgique, Suède ou Russie», rapporte Julie. Comme Fabienne et Julie, Séverine Merlet-Vinsonneau insiste beaucoup sur la nécessité de disposer «d'un vrai espace de travail dédié à la maison». Cette mère de deux enfants vit à Vannes tout en étant chargée du développement économique à l'international au conseil général du Finistère. Deux cent quarante kilomètres quotidiens entre2001 et2009! «J'étais volontaire à 100% lorsque l'expérimentation télétravail a démarré (lire ci-dessous). Pour cette raison d'éloignement mais aussi parce que ma mission le permet», résume la cadre quadragénaire, qui travaille à 80%.
«Plus de rigueur»
Son rythme? Deux jours par semaine à la maison, le reste au bureau ou au contact des entreprises. «C'est plus de rigueur dans l'organisation, plus de recul dans le travail à la maison, plus de temps consacré à l'action, aux réunions et aux échanges avec les collègues au bureau». L'isolement partiel ne lui pèse pas. Séverine juge «très satisfaisant» l'équilibre entre les conforts de vie et de travail. «Je vais désormais chercher mes enfants à l'école les lundis et mardis», sourit-elle. Pour Loïc Jéhanno, cadre chez Alcatel-Lucent, c'est le jeudi que le petit dernier des trois enfants de la famille apprécie de voir papa à la sortie de l'école. Jeudi, seul jour de télétravail à domicile de la semaine pour ce manager d'une soixantaine de personnes basées à Brest et Rabat (Maroc). Les autres jours, le quadragénaire doit couvrir les 160km de l'aller-retour Quimper (où il vit)- Brest (où il travaille). «J'en retire des gains personnels et de productivité évidents. Le jeudi, je prends le temps de l'analyse, de la lecture de documents. C'est beaucoup plus difficile les autres jours, ponctués par les multiples interruptions de la vie en entreprise», assure-t-il.
«Dans la mêlée»
L'accord signé dans son groupe en janvier2008 lui permettrait de télétravailler deux jours par semaine. Est-il tenté? «Ça ne correspond pas à ma personnalité. J'ai besoin d'être au contact des équipes, dans la mêlée», répond-il. «Mais quand des collègues me demandent comment ça marche, je leur dis allez-y, y compris lorsqu'ils habitent à 20-30km du boulot. Une fois qu'ils ont franchi le pas, je vois bien qu'ils sont mieux», signifie-t-il. «L'évolution des technologies a grandement facilité cette flexibilité dans la façon de travailler. Il y a deux à trois ans, nous n'en étions pas-là», confie, un casque téléphonique sur la tête, ce spécialiste des services de communication d'entreprise. Hier, avec les intempéries, il a finalement télétravaillé.