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Violences conjugales. L'interminable attente

24 novembre 2010

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Des plaintes classées sans suite avant l'ouverture d'une instruction. Le parcours des femmes victimes de violences est parfois semé d'embûches. Comme celui de Christine (1). Elle témoigne de sa souffrance.

Tout le monde semble en convenir à la veille de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes. Les violences conjugales n'épargnent aucun milieu. Christine est la première à en être persuadée. Son appel à l'aide n'a pourtant pas encore été entendu par la justice, près de trois ans après sa première plainte. Accusée de machination par son ex-compagnon, elle rencontre les plus grandes difficultés à faire entendre la souffrance qui a été la sienne. «La première fois que j'ai poussé la porte de la gendarmerie, je suis repartie directement». Elle déposera finalement plainte auprès du procureur de la République.

«Se justifier»

Le début d'un véritable parcours du combattant pour cette femme qui venait de s'ouvrir à ses proches, puis auprès d'associations, leur faisant part de plusieurs années de violences conjugales. «On nous pousse à porter plainte. Une fois que c'est fait, on pense être soulagée. Mais il faut se justifier, faire face à l'absence d'aveu... Alors quand on reçoit le courrier de classement sans suite, faute d'infraction suffisamment caractérisée, on va encoreplus mal».

«Auto démolition»

Les certificats médicaux et les attestations n'y ont rien fait. Alors, après des classements sans suite, la jeune femme s'est résolue à se constituer partie civile. «Les médecins ne sont pas souvent informés qu'il existe un certificat médical type», regrette-t-elle. Elle a aussi sans doute tort d'avoir trop tardé à dénoncer les faits dont elle explique avoir été victime. «Je n'ai pas vu le danger arriver, c'est un engrenage sournois». La première fois? «C'était une gifle dès le début de notre relation pour une histoire de jalousie... Ensuite j'ai été secouée, poussée, frappée. Il me disait : ?enlève tes lunettes ?; ce n'était pas des gestes involontaires». Au bout d'une quinzaine d'années de vie commune, «lorsqu'il s'est rendu compte que ça commençait à se voir», les violences sont devenues psychologiques. Alors, on se tait pour ne pas encaisser des coups... J'ai trouvé très dur cette auto démolition».

«On m'a dit de laisser tomber»

Dans ces conditions, Christine a bien du mal à croire au discours institutionnel, à quelques semaines de la fin d'une année au cours de laquelle les violences faites aux femmes auront été placées au rang de grande cause nationale. «L'an passé, quand ma plainte a été classée sans suite, on m'a dit de laisser tomber, parce que ça allait me coûter cher». Soutenue par ses amis, elle n'a pas plié. L'aide juridictionnelle est apparue comme une petite lueur d'espoir. «J'en bénéficie pleinement du fait de mes revenus et de la gravité des faits».

«J'ai trop attendu»

Alors, avec le recul, Christine ne regrette qu'une chose: d'avoir tant attendu. «Si c'était à refaire, je referais la même chose. Mais je serais partie plus tôt avec mon enfant... J'ai trop attendu. On me le reproche, pourtant tout le monde sait que c'est très difficile de prendre cette décision». Elle explique se forcer à avoir confiance. Il n'est pourtant pas question pour elle de laisser tomber. «Je veux aller jusqu'au bout. Pas par esprit de vengeance, mais simplement pour qu'il le reconnaisse».

(1) Prénom d'emprunt.

  • Jean Le Borgne
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